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PME
antillaises et Union européenne : Des relations à développer
Propos
liminaire : Il est de bon ton de déplorer la faible présence des
petites et moyennes entreprises (PME) antillaises sur les
marchés de la Caraïbe. Que dire alors de leur présence sur les
marchés européens ? Et pourtant…
Le 6 juin 2009,
les départements et les collectivités d’outre-mer votaient pour
élire leurs représentants au Parlement européen. Les résultats
ont confirmé l’opacité de la règle électorale et surtout le peu
d’intérêt des populations pour ces joutes européennes.
Un mois plus
tôt, avait lieu la première Semaine européenne des PME (du 6 au
14 mai 2009 en Martinique). Le sentiment général qui transparaît
est le peu d’affinités des Petites et Moyennes Entreprises
antillaises avec l’Europe. Elles peuvent parfois se sentir
oubliées par une Europe, il est vrai, éloignée tant par la
distance que la culture.
Et pourtant, une
PME domiciliée en Guadeloupe ou en Martinique est aussi une PME
européenne. Elle s’inscrit de fait dans un mouvement général -
celui de la construction européenne.
L’enjeu pour les
PME des Antilles françaises est de trouver et occuper leur place
en Europe, tout en vérifiant que l’union n’est pas synonyme de
fusion (perte de contrôle de l’entreprise) ou de suppression des
spécificités (appartenance au bassin caribéen).

Le temps
des PME est arrivé
Pour se
familiariser avec l’idée d’union, faisons un détour dans le
passé.
L’idée d’union
en Europe n’est pas récente. Victor Hugo en août 1848 disait
déjà : « Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous
Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du
continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre
glorieuse individualité, vous vous fondrez dans une unité
supérieure et vous constituerez la fraternité européenne ». Sa
prophétie, Russie exceptée, devait commencer à se réaliser deux
guerres mondiales plus tard, juste après la seconde. Au sortir
de la seconde guerre mondiale, en 1945, Jean Monnet, alors
ministre du commerce du gouvernement provisoire débute
l’ouvrage. Il est suivi de près par Robert Schuman, celui-là
même qui est cause de la fête de l’Europe. En effet, cette date
du 9 mai a été choisie car le 9 mai 1950, Robert Schuman a fait
une déclaration qualifiée d’historique : « L’Europe ne se fera
pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se
fera par des réalisations concrètes créant d’abord une
solidarité de fait ».
Dans la
progressive construction européenne, le temps des PME est
arrivé, et il appartient aux PME antillaises de ne pas se
contenter d’en être les spectateurs.
Depuis le
premier janvier 2005, une nouvelle définition des PME est entrée
en vigueur dans l’Union européenne, et s’applique donc aux
Antilles françaises.
Sous le vocable
PME, on retrouve trois entités : les moyennes entreprises, les
petites entreprises et les micro entreprises. Une moyenne
entreprise se définit comme une entreprise employant moins de
250 personnes et ayant soit un chiffre d’affaires annuel ne
dépassant pas 50 millions d’euros, soit un total du bilan
n’excédant pas 43 millions d’euros. Une petite entreprise se
définit comme une entreprise employant moins de 50 personnes et
dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan n’excède
pas 10 millions d’euros. Enfin, une micro entreprise se définit
comme une entreprise employant moins de 10 personnes et dont le
chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan n’excède pas 2
millions d’euros.
L’intérêt de
l’Union européenne pour les PME n’est en rien une surprise, tant
il était difficile d’ignorer plus longtemps leur poids
économique. D’après les chiffres de la Commission européenne,
99% des entreprises en Europe sont des PME. 90% de ces PME sont
des micros entreprises, c’est-à-dire des entreprises, ayant
moins de 10 salariés. Toutefois, ces 90% totalisent 53% des
emplois dans toute l’Europe.
En Martinique,
99,7% des entreprises sont des PME, 94% étant des micros
entreprises. En Guadeloupe, les statistiques sont similaires
(respectivement 99,8% et 95%). Le pourcentage de micros
entreprises est donc en moyenne plus élevé aux Antilles qu’en
Europe continentale. Autre différence significative : la notion
de très petites entreprises (TPE) y est davantage mise en avant,
ce qui modifie les ordres de grandeur. Il est en effet rare dans
ce contexte insulaire qu’une entreprise d’une quarantaine
d’employés soit considérée comme une « petite entreprise » au
sens de l’Union européenne.
La
réflexion économique, une denrée rare en temps de crise
Propos liminaire :
Les
temps de crise sont propices à bien des analyses sociologiques,
psychologiques, culturelles, anthropologiques et politiques. Si
celles-ci doivent occuper pleinement leur place ou espace, elles
ne sauraient se substituer à la nécessaire réflexion économique.
Cette réflexion économique, non exclusive des autres sciences
sociales, n’est pas univoque. En fonction du paradigme de
départ, il est possible de démontrer qu’une même action
économique n’aura pas les mêmes effets, sans que l’on puisse
mettre en cause la rigueur de l’auteur de la démonstration. Par
conséquent, la véritable réflexion économique s’accommode fort
mal de la pensée unique.

Il est difficile
d’échapper au vocabulaire économique même lorsque l’on se défend
d’être un initié. Dans les revendications sont ainsi mis en
avant les concepts de prix, de différentiel de prix, de biens et
de services, de produits de première nécessité, de profit ou
plus exactement de superprofit, de monopole, d’oligopole, de
salaire, d’emploi, de chômage, de production, d’importation. La
liste serait très longue, s’il me fallait être exhaustif.
L’usage de ces concepts confirme qu’il est bien question
d’économie et osons le dire de sciences économiques. Pour
autant, suffit-il d’employer des mots, pour devenir des
économistes, c’est-à-dire des spécialistes qui grâce à une
certaine maîtrise des sciences économiques sont en mesure de
mener une réflexion rigoureuse. Cette question serait nulle et
non avenue si à la lecture ou à l’écoute de plusieurs analyses
syndicales, sociologiques, politiques ou autres ne subsistait la
désagréable impression d’un travestissement de la chose
économique. Il ne s’agit pas ici de dire que la réflexion
économique serait un domaine réservé des seuls économistes.
Se
méfier des opinions majoritaires sur les entreprises
Propos liminaire : Il devient de plus en plus difficile de dire des choses quelque peu différentes sans que l’on vous prête une sordide affiliation avec les puissances d’argent, les maîtres de la Martinique ou les colonisateurs. Pour aller droit au but, je vais donc éviter de m’étendre sur le caractère juste de la grève et sur l’irrationalité d’un grand nombre de prix en Martinique et dans les autres DOM. Je vais donc également faire l’impasse sur les problèmes que pose la couleur ou la non couleur de nombre de personnes à des postes à responsabilité tant dans le privé que dans le public. Je me tairai tout autant sur nos rares insuffisances.
Je souhaite me concentrer ici sur l’une des choses que je crois savoir en tant qu’observateur et néanmoins modeste acteur de la vie économique et sociale de la Martinique : En matière d’opinion sur les entreprises privées, attention aux opinions majoritaires !

En écoutant les uns et les autres, j’ai l’impression qu’aujourd’hui tout le monde sait que « 95% des entreprises ont moins de dix salariés ». Selon les statistiques ICS de l’INSEE pour l’année 2005, sur l’ensemble des secteurs marchands de l'industrie, de la construction, du commerce et des services, la Martinique compte 1 167 entreprises de 10 salariés et plus, 5 887 entreprises qui ont entre 1 et 9 salariés, et 21 776 entreprises qui n’ont aucun salarié. Cela représente en pourcentage respectivement 4%, 20% et 76%. Quand on dit donc que « 95% des entreprises ont moins de dix salariés » c’est évidemment juste, mais cela ne masque-t-il pas la réalité ? En fait, seulement 24% des entreprises ont au moins un salarié. Je me suis légitimement demandé si ce pourcentage était faible, voire trop faible. Souffrez donc que j’ose quelques comparaisons.
Offre,
demande et niveau général des prix
Propos liminaire : Dans une économie de marché, il est
difficile de remettre en cause la loi de l’offre et de la
demande, à quelques exceptions près. Cette loi nous dit que sur
un marché, la confrontation de l’offre et de la demande d’un
bien détermine le prix de ce bien et la quantité échangée. Pour
un bien donné, lorsque l’offre (quantité offerte par les
entreprises) augmente par rapport à la demande (quantité
demandée par les consommateurs), l’équilibre du marché se fait
grâce à la baisse du prix. Lorsqu’au contraire la demande
augmente par rapport à l’offre, l’équilibre est trouvé
consécutivement à une hausse du prix. Il arrive toutefois qu’il
n’y ait pas d’équilibre. A un prix donné, le déséquilibre
observé s’appelle alors pénurie quand la demande reste
supérieure à l’offre, et surplus dans le cas contraire.

Prix et pouvoir du consommateur
Au-delà de la « profitation », l’une des explications de
l’irrationalité de certains prix en Martinique réside dans
l’existence d’une demande peu sensible ou faiblement élastique
aux niveaux des prix. Autrement dit, une augmentation de prix
n’entraîne pas de baisse significative de la demande. Sans
contrôle de prix, c’est en grande partie la prise de conscience
et surtout le refus des personnes en mesure de payer au prix
affiché qui empêchent les dérives inflationnistes. Les personnes
non ciblées par les entreprises (celles qui n’ont pas les moyens
de se payer un bien ou ne sont pas intéressées par ce bien)
n’ont que peu ou pas de moyen de pression.
Les produits de première nécessité n’échappent pas à cette
logique. Si une grande partie des personnes en mesure de payer
un yaourt à 3,15 €, refuse de consommer à ce prix, il n’y a pas
de secret, soit la grande et moyenne surface acceptera de
baisser son prix pour continuer à le vendre, soit elle décidera
de retirer de ses linéaires un produit dont les invendus lui
coûteront plus chers. Pour les services, le problème est plus
complexe car le pouvoir du consommateur est moins fort, les
coûts liés aux invendus étant autrement moins élevés que pour
les produits. Pour peu que la structure du marché soit
monopolistique (une entreprise) ou oligopolistique (très peu
d’entreprises), c’est le degré de nécessité d’un service qui
influera sur les prix.
Lorsque c’est un service de première nécessité (distribution
de l’eau), le consommateur peut difficilement lutter, et ses
armes peuvent malheureusement se retourner contre lui (qualité
moindre, risque sanitaire…). Lorsque c’est un service secondaire
voire superficiel (forfait mobile de 4h ou abonnement à des
chaînes de télévision privées), il a tout loisir de refuser
l’acte d’achat dans l’espoir que ce refus induira une baisse du
prix.
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